Vous connaissez la phrase, elle circule dans toutes les files d'attente de caisse : « les produits bien notés, c'est bien joli, mais c'est plus cher ». Santé publique France a fini par mesurer cette intuition avec l'INRAE, sur 27 955 produits vendus entre janvier 2020 et décembre 2023. Trois choses à emporter au supermarché dès cette semaine. Chez les yaourts et les sauces pour pâtes, les produits notés A ou B ressortent moins chers que les D ou E : dans ces rayons, viser le vert fait baisser le ticket. Sur les pains de mie et les pizzas hors garniture de viande, aucune différence de prix significative n'apparaît selon la note : le logo vous informe sur la composition sans rien vous dire du budget. Et les produits des marques qui n'affichent pas le logo sont, dans la majorité des cas, plus chers que ceux qui l'affichent.
Autrement dit, le logo joue dans certains rayons un rôle d'indicateur de prix favorable à votre budget. Encore faut-il savoir lesquels. Trions donc les trois croyances que cette étude permet enfin de départager, avant de voir ce que j'en fais quand je remplis mon chariot de rentrée.

Mythe 1 : « un produit noté A ou B se paie forcément plus cher »
C'est la croyance la plus répandue, et elle n'était pas absurde. Reformuler une recette coûte de l'argent à un industriel, et une marque peut légitimement vouloir valoriser un bon score. Santé publique France avait d'ailleurs identifié cette perception dès 2023 dans une étude qualitative sur la compréhension du logo, avec une conséquence gênante : croire qu'un bon Nutri-Score est un luxe, c'est renoncer à s'en servir.
Sauf que personne ne l'avait vérifié. Les résultats publiés en mars 2026 montrent que les associations entre note et prix diffèrent selon les catégories : parfois le prix monte quand la note se dégrade, parfois il baisse. Sur les yaourts aromatisés et aux fruits, les yaourts à la vanille, les fromages blancs et les yaourts à base d'autres laits que celui de vache, les produits notés A ou B sont moins chers que les D ou E. Même constat sur les pestos et les recettes végétariennes du rayon des sauces pour pâtes.
Dans ces rayons précis, choisir le produit le mieux noté fait donc baisser le ticket, et la crainte du surcoût faisait manquer une économie. Si vous comparez déjà les étiquettes, organiser vos courses au supermarché autour de repères simples devient encore plus rentable avec cette information en tête.
Le planning de batch cooking de la rentrée
Un plan de semaine prêt à imprimer pour transformer les bons arbitrages de rayon en repas réellement cuisinés, sans y passer vos dimanches.
Mythe 2 : « le logo dit quelque chose du prix dans tous les rayons »
Le corollaire du premier mythe serait tout aussi trompeur. L'étude ne dit pas que le vert est systématiquement moins cher partout : elle dit que la relation dépend de la catégorie. Sur les pains de mie et sur les pizzas, à l'exception de celles à base de viande, aucune différence de prix significative selon la note n'a été mise en évidence.
Devant ces rayons, le logo redevient un outil de composition et non de budget : vous arbitrez sur les fibres et le sel, sachant que le prix bougera peu. C'est là que la liste des aliments riches en fibres sert davantage que la couleur du logo.
Ce que le Nutri-Score dit du prix, selon le rayon (étude Santé publique France et INRAE, mars 2026)
| Catégorie analysée | Lien observé entre note et prix | Ce que vous en faites en rayon |
|---|---|---|
| Yaourts aromatisés, aux fruits, à la vanille, fromages blancs, yaourts non issus du lait de vache | Les produits A ou B sont moins chers que les D ou E | Le meilleur score est souvent l'alternative la moins chère |
| Sauces pour pâtes : pestos et recettes végétariennes | Les produits A ou B sont moins chers que les D ou E | Comparez les scores avant les prix, vous gagnez sur les deux |
| Pains de mie | Aucune différence de prix significative selon la note | Choisissez sur les fibres et le sel, le budget bouge peu |
| Pizzas, hors garniture à base de viande | Aucune différence de prix significative selon la note | Le logo informe sur la composition, pas sur le ticket |
Mythe 3 : « un produit sans logo, c'est du haut de gamme qui n'a rien à prouver »
Voilà le résultat qui m'a le plus surpris. L'absence de Nutri-Score est souvent lue comme un signe de positionnement premium, presque comme une revendication d'artisanat. L'étude constate l'inverse sur le plan tarifaire : les produits commercialisés par des marques non engagées dans la démarche sont, dans la majorité des cas, plus chers que ceux des marques qui affichent le logo.
Santé publique France avance une explication possible, et elle est très concrète pour votre chariot : les marques de distributeurs se sont massivement engagées dans la démarche, et elles proposent en moyenne des prix plus bas que les marques nationales. Payer plus pour un produit sans logo revient donc souvent à payer une marque, pas une qualité démontrée. Ce raisonnement rejoint ce que l'on observe quand le degré de transformation des aliments devient un sujet de santé publique : le prix n'est pas un indicateur fiable de composition.
Mon chariot de rentrée, relu rayon par rayon
Je passe une bonne partie de mes journées au comptoir à répondre à cette question du surcoût, souvent posée par des familles qui comptent vraiment. J'applique donc ces résultats à un chariot de rentrée réel, sans changer d'enseigne ni gonfler le budget.
Au rayon frais, je commence par les yaourts, parce que le levier y est le plus net et que ce sont des produits achetés par lots. Je prends le mieux noté de la gamme et je vérifie le prix au kilo, jamais le prix du pack. Le fromage blanc nature suit la même logique, et il devient ensuite la base de préparations moins chères que leurs équivalents industriels : une soupe froide de concombre au yaourt et à l'aneth pour les soirs de septembre encore chauds, ou la sauce d'un wrap léger au poulet et aux crudités glissé dans le sac le matin.
En épicerie, je m'arrête sur les pestos et les sauces végétariennes, l'autre catégorie où le bon score et le bon prix vont dans le même sens. Un pot bien noté sauve un dîner de semaine et s'étire sur deux repas avec une salade de riz complet aux légumes et à la feta préparée le dimanche. Devant les pizzas, je cesse de chercher une économie qui n'existe pas et je lis le tableau nutritionnel : c'est le moment où une pizza légère sur pâte de chou-fleur faite maison redevient compétitive.
Ce que je ne fais pas : arbitrer tout le chariot au logo. Les produits bruts n'en portent pas, et ce sont eux qui structurent la semaine. Une liste de courses saine et pas chère reste le meilleur garde-fou contre les achats d'impulsion, et un menu de batch cooking calé le dimanche fait plus pour le budget que n'importe quelle lecture d'étiquette. Pour les familles nombreuses, une liste calibrée pour quatre personnes évite le double achat, premier poste de gaspillage.

Ce qu'il faut retenir avant vos prochaines courses
Le logo ne remplace pas une stratégie de courses, il la renforce là où il est mesurablement pertinent. Trois réflexes suffisent. Au rayon frais et devant les pestos, prenez le mieux noté et vérifiez le prix au kilo, l'étude vous donne raison sur les deux tableaux. Devant les pizzas et le pain de mie, arbitrez sur la composition et cherchez votre marge de manoeuvre ailleurs, par exemple en surveillant les hausses de prix qui touchent réellement votre panier. Et face à un produit sans logo vendu plus cher, demandez-vous ce que vous payez : les chiffres de mars 2026 invitent à ne pas confondre prix et qualité.
Ces arbitrages pèsent d'autant plus à la rentrée, quand le budget repas des enfants se recompose d'un coup. C'est souvent là que manger équilibré avec un budget contraint se joue. Si le sujet vous intéresse au-delà du prix, notre décryptage complet de l'étiquetage Nutri-Score explique comment la note est calculée et ce qu'elle ne mesure pas.
Le guide de l'équilibre alimentaire au quotidien
Les repères qui structurent un chariot complet, au-delà des logos : proportions par repas, familles d'aliments et arbitrages de saison.
Dernier point de vigilance, celui que je répète le plus au comptoir : ces résultats décrivent des moyennes de marché sur une période donnée, pas une garantie valable devant chaque référence. Votre enseigne et vos contraintes de santé restent déterminantes, et un régime particulier ou un traitement en cours justifient un avis personnalisé. Ce que l'étude change, c'est le point de départ : vous pouvez regarder le logo sans craindre qu'il vous coûte de l'argent, et construire un panier plus équilibré sans laisser filer le budget.
Questions fréquentes
Sur quelles données repose cette étude Nutri-Score et prix ?
Santé publique France et l'INRAE se sont appuyés sur une base alimentée par plusieurs sites d'e-commerce de distributeurs français, extraite sur la période de janvier 2020 à décembre 2023. Au total, 27 955 produits répartis dans 22 catégories et sous-catégories ont été inclus, avec des marques engagées ou non dans la démarche Nutri-Score.
Le Nutri-Score est-il obligatoire pour les industriels ?
Non, son affichage repose sur le volontariat. Santé publique France indiquait qu'en janvier 2026, plus de 1 500 entreprises et marques l'utilisaient, ce qui représente l'équivalent de plus de 60 % du marché alimentaire en volume de ventes. Sept pays européens le recommandent aujourd'hui : la France, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, l'Espagne, les Pays-Bas et le Luxembourg.
Un produit sans Nutri-Score est-il forcément de moins bonne qualité ?
L'absence de logo ne permet de conclure ni sur la qualité nutritionnelle, ni sur la composition. Elle signifie seulement que la marque n'a pas rejoint la démarche. Dans ce cas, il reste le tableau nutritionnel au dos et la liste d'ingrédients, dont l'ordre reflète les quantités décroissantes.
Combien de Français regardent réellement le logo au moment d'acheter ?
Selon les chiffres publiés par Santé publique France en mars 2026, 99 % des Français connaissent le Nutri-Score et 68 % des personnes qui le connaissent déclarent en tenir compte dans leurs achats alimentaires. Plus de 9 Français sur 10 le considèrent comme un repère de qualité nutritionnelle.
Peut-on comparer le Nutri-Score d'un yaourt et celui d'une pizza ?
Ce type de comparaison n'a pas de sens nutritionnel. Le logo est conçu pour départager des produits d'une même catégorie, par exemple deux sauces pour pâtes entre elles. C'est aussi la logique de l'étude, qui a analysé le lien avec le prix catégorie par catégorie plutôt que sur l'ensemble du magasin.
Pourquoi les produits des marques non engagées ressortent-ils plus chers ?
L'étude constate que les produits des marques non engagées dans la démarche sont dans la majorité des cas plus chers que ceux des marques qui affichent le logo. Santé publique France avance une explication possible : l'engagement massif des marques de distributeurs, dont les prix moyens sont plus bas que ceux des marques nationales.
Le Nutri-Score suffit-il à composer un chariot équilibré ?
Il renseigne sur la qualité nutritionnelle d'un produit transformé, pas sur l'équilibre d'un panier entier. Les produits bruts comme les légumes, les fruits secs ou les légumineuses n'affichent généralement pas de logo alors qu'ils constituent la base d'une alimentation variée. Le logo aide à choisir à l'intérieur d'un rayon, il ne dessine pas le menu de la semaine.

