Par 37 °C, on ne mange pas moins, on mange autrement
La France traverse une nouvelle vague de chaleur en ce mois de juillet 2026. Météo-France a placé jusqu'à 37 départements en vigilance rouge le 13 juillet, et des vigilances orange ont prolongé l'épisode les jours suivants, avec des pointes qui dépassaient les 37 °C l'après-midi. Dans ces conditions, une réaction très courante s'installe : l'appétit chute, l'idée de cuisiner devient pénible, et beaucoup de personnes finissent par sauter un repas ou grignoter au hasard. Pourtant, quelques réflexes simples suffisent à bien manger : miser sur des aliments gorgés d'eau comme la pastèque et le concombre, et sur un plat froid comme le gaspacho, plutôt que de se priver.
Cette baisse d'appétit est parfaitement normale. La digestion produit de la chaleur, et l'organisme, déjà occupé à se refroidir, cherche naturellement à s'épargner ce surcroît de travail. Le réflexe de moins manger n'est donc pas un caprice, c'est une réponse physiologique. Le problème n'est pas de manger un peu moins sur un repas, mais de se priver au point de manquer d'eau, de minéraux et d'énergie au moment où le corps en a le plus besoin.
Un chiffre mérite d'être connu : selon l'EFSA, entre 20 et 30 % de nos apports quotidiens en eau proviennent des aliments, et non des boissons. Autrement dit, votre assiette participe activement à votre hydratation. Bien choisie, elle vous aide à tenir sans que vous ayez à vider une bouteille toutes les heures. Mal choisie, ou absente, elle vous prive d'une source d'eau que la seule prise de boisson peine parfois à compenser.
L'enjeu, quand le thermomètre grimpe, tient donc en une phrase : répartir et choisir plutôt que se priver. Vous n'avez pas à vous forcer à avaler un plat lourd qui vous écœure. Vous avez intérêt à orienter vos repas vers des aliments frais, riches en eau, faciles à digérer, et à les étaler dans la journée. Le reste de cet article détaille comment procéder, aliment par aliment et repas par repas.
Les aliments qui vous hydratent sans que vous y pensiez
Les fruits et légumes gorgés d'eau
C'est le premier réflexe à adopter. Certains végétaux sont composés à plus de 90 % d'eau, ce qui en fait des alliés précieux pour compléter vos apports hydriques tout en apportant vitamines, minéraux et fibres. Le concombre dépasse 95 % d'eau, la pastèque avoisine 91 %, la tomate et la courgette flirtent aussi avec les 94-95 %. À poids égal, un bol de crudités variées vous hydrate presque comme un verre d'eau, avec en prime du potassium et des antioxydants.
Teneur en eau de quelques aliments d'été
| Aliment | Teneur en eau approximative | Atout complémentaire |
|---|---|---|
| Concombre | plus de 95 % | Très peu calorique, rafraîchissant |
| Laitue | environ 95 % | Fibres douces, se prépare sans cuisson |
| Courgette | environ 95 % | Se mange crue râpée ou en carpaccio |
| Tomate | environ 94 % | Potassium, lycopène antioxydant |
| Fraise | environ 91 % | Vitamine C, sucre naturel modéré |
| Pastèque | environ 91 % | Désaltérante, riche en eau et potassium |
| Melon | environ 90 % | Bêta-carotène, saveur sucrée |
| Pêche | environ 88 % | Fibres, en-cas facile à transporter |
L'idée n'est pas de ne manger que cela, mais d'en glisser à chaque prise alimentaire : quelques rondelles de concombre au petit-déjeuner salé, une tomate au déjeuner, un fruit frais en collation, une soupe froide le soir. Ces petites additions se cumulent et allègent la pression sur votre bouteille d'eau.
Les laitages et les aliments frais
Les produits laitiers frais rendent aussi de fiers services par forte chaleur. Un yaourt nature, du fromage blanc ou du skyr apportent de l'eau, des protéines et du calcium, tout en se mangeant froids et sans effort de digestion excessif. Ils constituent une base idéale pour un petit-déjeuner ou une collation quand l'idée d'un plat chaud vous rebute. Additionnés de fruits gorgés d'eau et de quelques flocons d'avoine, ils forment un repas léger et complet.
Pensez aussi aux préparations naturellement humides et froides : gaspacho, taboulé bien hydraté, salades de légumineuses, compotes sans sucre ajouté. Elles se préparent à l'avance, se conservent au frais et se dégustent sans rallumer la moindre plaque de cuisson.
Ne zappez ni protéines ni féculents
La tentation, quand il fait très chaud, consiste à ne manger que des fruits ou une salade verte. Cette stratégie montre vite ses limites : sans protéines ni féculents, la satiété ne tient pas, et vous risquez le coup de barre en fin de journée. Les protéines (œuf, poisson, volaille froide, légumineuses, tofu, feta) soutiennent vos muscles et prolongent le rassasiement. Les féculents (semoule, riz, pâtes ou pommes de terre consommés froids en salade) fournissent l'énergie durable dont votre organisme a besoin pour affronter la chaleur.
Le bon repas d'été reste donc complet, simplement servi froid : une belle salade composée qui associe une source de protéines, un féculent et une large part de légumes gorgés d'eau coche toutes les cases sans jamais vous alourdir.
Fractionner plutôt que sauter : 4 à 6 petits repas dans la journée
Puisque l'appétit se réduit et que les gros plats rebutent, la meilleure parade consiste à fractionner. Plutôt que trois repas copieux, visez quatre à six prises plus légères réparties sur la journée. Cette approche présente plusieurs avantages : chaque prise sollicite moins la digestion, donc produit moins de chaleur interne ; vous couvrez vos besoins sans avoir à vous forcer ; et vous maintenez un apport régulier en eau via les aliments.
Concrètement, cela peut ressembler à un petit-déjeuner frais (yaourt, fruits, un peu d'avoine), une collation matinale (une pêche, quelques amandes), un déjeuner en salade composée, un goûter hydratant (pastèque ou melon), puis un dîner froid et léger. Vous n'ajoutez pas de calories, vous les redistribuez. Cette organisation aide aussi à mieux répartir la prise de boisson, puisque chaque en-cas devient une occasion de boire un verre d'eau.
Cette logique de fractionnement rejoint d'ailleurs celle du batch cooking, que nous détaillons plus bas : préparer à l'avance de petites portions variées facilite grandement ces prises réparties dans la journée. Si vous voulez creuser l'articulation entre effort, chaleur et apports, notre article sur l'hydratation du sportif apporte des repères utiles.
Sel et minéraux : pourquoi transpirer change la donne
Sodium et potassium, le duo à surveiller
Quand vous transpirez abondamment, vous ne perdez pas que de l'eau : vous éliminez aussi des minéraux, au premier rang desquels le sodium et le potassium. Ces électrolytes participent à l'équilibre hydrique de votre organisme et au bon fonctionnement musculaire. Une sudation importante et prolongée, si elle n'est compensée que par de l'eau pure, peut accentuer la fatigue et les crampes.
Bonne nouvelle sur le plan pratique : une alimentation variée couvre généralement ces besoins sans effort particulier. Le potassium se trouve en abondance dans les fruits et légumes (banane, tomate, pomme de terre, épinard, melon), tandis que le sodium est déjà bien présent dans l'alimentation courante. Un repas équilibré, un peu salé selon votre goût, avec des végétaux riches en potassium, suffit dans la grande majorité des situations à rééquilibrer les pertes.
Le cas particulier du sport par forte chaleur
Si vous pratiquez une activité physique intense et prolongée en pleine chaleur, les pertes en eau et en minéraux montent d'un cran. Dans ce contexte, l'apport de boisson doit augmenter, et une collation salée après l'effort (quelques olives, un morceau de fromage, des fruits secs) aide à reconstituer les réserves. Notre dossier sur la déshydratation et la performance sportive explique en détail comment reconnaître et prévenir ces pertes.
Une précaution s'impose toutefois : aucune supplémentation en sels minéraux ne se justifie d'elle-même pour une personne qui mange équilibré. Les compléments d'électrolytes s'adressent à des situations d'effort très spécifiques, et leur usage mérite l'avis d'un professionnel de santé. Pour la vie quotidienne, même sous canicule, l'assiette reste la meilleure source.
Les faux amis de la canicule : 5 idées reçues à corriger
Certaines habitudes réflexes, censées nous rafraîchir, produisent l'effet inverse. Cinq d'entre elles reviennent particulièrement souvent.
Boire glacé. Une boisson très froide soulage sur l'instant, mais l'organisme doit ensuite dépenser de l'énergie pour la réchauffer à la température du corps, ce qui relance la production de chaleur interne. Une eau simplement fraîche hydrate mieux et se boit plus volontiers en quantité.
Miser sur l'alcool ou le café. L'apéritif en terrasse et le café glacé ont un revers : l'alcool et la caféine ont un effet diurétique léger qui accentue les pertes d'eau. Rien n'interdit de s'en autoriser, à condition de compenser par de l'eau et de ne pas en faire sa principale source de liquide.
Croire que l'épicé réchauffe forcément. Les plats épicés ont mauvaise réputation en été, alors qu'ils favorisent la transpiration, donc le refroidissement naturel du corps. Si vous les tolérez bien, ils n'ont rien d'un ennemi. Écoutez surtout votre confort digestif du moment.
Sauter le repas ou ne manger que des crudités. Se priver totalement prive aussi votre corps d'eau et d'énergie. Une assiette 100 % crudités, sans protéines ni féculents, ne tient pas au corps et favorise le grignotage sucré en soirée. Composez léger, mais complet.
Se rafraîchir aux glaces et sodas. La glace industrielle et le soda désaltèrent moins qu'ils n'en donnent l'impression, en raison de leur charge en sucre. Une glace maison à base de fruits mixés et congelés, ou une eau aromatisée aux agrumes et à la menthe, remplit bien mieux la mission, sans culpabilité.
Retenez le fil conducteur : ces habitudes ne sont pas des fautes, elles sont surtout moins efficaces qu'on ne le pense. Les corriger vous rafraîchit plus durablement.
Cuisiner sans allumer le four : le batch cooking froid
Le vrai casse-tête de la canicule, ce n'est pas seulement quoi manger, mais comment préparer les repas sans transformer sa cuisine en fournaise. La solution tient dans une organisation simple : cuisiner aux heures fraîches et privilégier les préparations froides.
Choisissez le matin tôt ou la fin de soirée pour cuisiner, quand la température retombe. En une session, vous pouvez préparer de quoi tenir deux ou trois jours : légumes lavés et découpés, féculents cuits à l'avance et refroidis, protéines cuites (œufs durs, filets de poulet, légumineuses). Une fois cette base prête au réfrigérateur, chaque repas se compose en quelques minutes, sans cuisson supplémentaire. C'est le principe même du batch cooking, particulièrement adapté aux journées de forte chaleur.
Les préparations froides ne manquent pas et se déclinent à l'infini : salades composées de tous types, gaspacho de tomate ou de concombre, taboulé de semoule ou de boulgour, salades de lentilles ou de pois chiches, wraps garnis de crudités, verrines de fromage blanc et fruits. Toutes se mangent sans réchauffer et se transportent facilement au bureau ou en pique-nique.
La chaîne du froid, votre priorité en canicule
Cette méthode a un autre mérite : elle réduit le gaspillage et l'improvisation de dernière minute, celle qui pousse justement à sauter un repas ou à commander un plat lourd quand la faim et la fatigue se conjuguent. Un frigo bien préparé, c'est l'assurance de manger frais et complet même les jours où l'on n'a le courage de rien.
Les plus fragiles face à la chaleur
Les personnes âgées
Toutes les personnes ne vivent pas la canicule de la même façon, et certaines demandent une attention renforcée. Chez les personnes âgées, la sensation de soif diminue avec l'âge : elles peuvent se déshydrater sans jamais ressentir le besoin de boire. Il est donc utile de leur proposer régulièrement de l'eau et des aliments riches en eau, sans attendre qu'elles réclament. Quelques signes doivent alerter et conduire à consulter : fatigue inhabituelle, confusion, bouche sèche, urines rares et foncées, vertiges. Ces signaux, selon Santé publique France, ne doivent jamais être négligés pendant un épisode de forte chaleur.
Les soupes froides, compotes, yaourts et fruits juteux sont autant de façons d'apporter de l'eau à une personne qui boit peu spontanément. Fractionner les prises tout au long de la journée, avec un verre d'eau à chaque passage, aide beaucoup.
Enfants, femmes enceintes et personnes sous traitement
Les jeunes enfants se déshydratent vite et dépendent des adultes pour boire à temps : proposez-leur de l'eau très régulièrement et des fruits gorgés d'eau qu'ils acceptent volontiers. Les femmes enceintes ont des besoins hydriques accrus et une plus grande sensibilité à la chaleur. Enfin, certaines personnes sous traitement médical (diurétiques, traitements du cœur ou des reins, notamment) peuvent voir leur équilibre hydrique modifié par la chaleur.
Dans tous ces cas, le principe reste le même : boire régulièrement, manger frais et hydratant, se tenir au frais. En cas de doute sur une situation particulière, un régime spécifique ou un traitement, l'avis du médecin traitant prime toujours sur les conseils généraux. Ces recommandations rejoignent celles diffusées par Santé publique France pendant les alertes canicule, qui insistent sur la vigilance envers l'entourage fragile.
Manger par 37 °C n'a donc rien d'un renoncement. En redistribuant vos repas, en misant sur les aliments gorgés d'eau et en préparant à l'avance des plats froids et complets, vous aidez votre corps à traverser la chaleur sans coup de fatigue ni fausse note. Votre assiette d'été peut rester gourmande, fraîche et rassasiante, à condition de la penser autrement.
Questions fréquentes
Faut-il manger moins quand il fait très chaud ?
Non, vous n'avez pas besoin de manger moins, mais de manger autrement. La baisse d'appétit par forte chaleur est normale, car la digestion produit de la chaleur. Répartissez vos apports en petits repas légers plutôt que de sauter un repas entier, pour couvrir vos besoins sans surcharger l'organisme.
Boire glacé, bonne ou mauvaise idée ?
Une boisson glacée soulage sur le moment, mais votre corps doit ensuite dépenser de l'énergie pour la réchauffer, ce qui relance la production de chaleur. Une eau fraîche, autour de 12 à 15 °C, hydrate mieux et se boit plus facilement en quantité, ce qui reste l'objectif prioritaire en canicule.
Combien de litres d'eau boire par jour en canicule ?
Les repères habituels tournent autour de 1,5 à 2 litres de boisson par jour, à augmenter nettement en cas de forte chaleur ou d'activité. Santé publique France recommande de boire régulièrement sans attendre la soif. Les fruits et légumes gorgés d'eau complètent utilement ces apports.
Que manger le soir quand il fait 37 °C ?
Le soir, privilégiez un repas froid et léger mais complet : une salade composée avec une source de protéines (œuf, thon, feta, pois chiches), un féculent (semoule, riz, pommes de terre froides) et beaucoup de légumes gorgés d'eau. Un gaspacho en entrée aide à réhydrater après une journée de chaleur.
L'alcool et le café déshydratent-ils vraiment ?
Oui, mais de façon modérée. L'alcool et la caféine ont un effet diurétique léger qui augmente l'élimination d'eau. En période de canicule, ils ne remplacent pas l'eau : gardez-les occasionnels et compensez chaque verre par un verre d'eau. Rien ne vous oblige à les supprimer, tant qu'ils ne deviennent pas votre principale source de boisson.
Comment aider une personne âgée à bien manger pendant la canicule ?
Avec l'âge, la sensation de soif diminue : proposez régulièrement de l'eau et des aliments riches en eau (soupes froides, compotes, yaourts, fruits juteux) sans attendre qu'elle réclame. Santé publique France recommande de fractionner les prises sur la journée et de rester attentif aux signes d'alerte comme une fatigue inhabituelle, une confusion ou des urines rares et foncées.

